Comment apprendre à être bienveillant envers soi-même et arrêter de se juger

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Se libérer intérieurement

Si une amie vous racontait qu’elle a oublié un rendez-vous important, vous ne lui diriez sans doute pas : « Mais quelle idiote, comment t’as pu oublier ça ? » Vous lui diriez plutôt : « Ça arrive, qu’est-ce qui s’est passé ? »

Pourtant, quand c’est vous qui oubliez, la sentence tombe en quelques secondes. Pourquoi êtes-vous parfois si dur avec vous-même alors que vous savez être doux avec les autres ?

Le problème, c’est que vous ne jugez plus seulement ce que vous avez fait. Vous jugez ce que vous croyez être. Or un échec ou une erreur ne devrait pas remettre en question qui vous êtes.

Et si le problème n’était pas vos erreurs, mais la façon de vous traiter après coup ? Pourquoi est-ce si difficile d’être indulgent vis-à-vis de soi ? Voyons ce qui se joue derrière cette dureté envers vous-même et comment apprendre, petit à petit, à changer de regard sur vous.

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Votre critique intérieur n’est pas votre ennemi

Cette voix sévère a rarement de mauvaises intentions. Elle cherche généralement à vous protéger.

Si je me critique avant que les autres le fassent, je souffre moins quand ils le font.

Si je me mets une pression énorme, j’évite l’échec, ou la honte de l’échec.

Si je ne me pardonne rien, je me persuade que je ne referai pas la même erreur.

Son raisonnement implicite ressemble à ceci : si je suis suffisamment exigeant envers moi-même, je pourrai éviter de souffrir.

Cette stratégie peut donner l’impression de garder le contrôle. Mais elle a un coût : à force d’essayer de prévenir toutes les erreurs, vous transformez votre vie en examen permanent.

Vous pouvez alors oublier qu’il est possible d’apprendre par l’encouragement, la curiosité et la compréhension de vos besoins, et pas uniquement par la pression.

Cette voix part d’une bonne intention. Le problème, c’est ce qu’elle fait d’une erreur : elle en tire un verdict sur vous.

Les deux erreurs fréquentes

Une faute n’est pas une identité

Vous avez tendance à transformer un événement précis en jugement global.

Vous avez blessé quelqu’un. Vous avez encore repoussé cette tâche qui vous tient à cœur. Vous avez raté une occasion, perdu patience ou pris une décision que vous regrettez.

Et voilà que le verdict tombe : « Je suis nul. Je ne fais jamais rien correctement. Je suis vraiment incapable. »

En quelques secondes, vous êtes passé d’un fait précis à une condamnation de toute votre personne. Vous ne vous reprochez plus simplement ce que vous avez fait, vous finissez par croire que quelque chose ne va pas chez vous.

On peut reconnaître pleinement un tort sans transformer la culpabilité en identité. « J’ai mal agi » est une phrase sur un acte. « Je suis mauvais » est une phrase sur une personne. La première permet de réparer, la seconde paralyse.

La bienveillance envers soi n’est donc pas un moyen d’échapper à ses torts.

Ce même réflexe apparaît quand vous mesurez votre valeur à vos résultats.

Arrêtez de mesurer votre valeur à votre réussite

Avez-vous parfois l’impression d’être en retard dans votre vie ?

Vous regardez les personnes de votre âge qui ont une carrière épanouissante, une relation amoureuse, des enfants, une maison ou des projets qui semblent avancer facilement. Vous comparez leur situation à la vôtre et vous vous demandez ce que vous avez raté.

La comparaison peut transformer des aspirations légitimes en sources de dévalorisation.

Vous pouvez désirer une relation amoureuse, vouloir évoluer professionnellement ou espérer améliorer votre situation financière. Mais lorsque vous faites de ces objectifs une condition pour vous sentir valable, votre estime de vous-même dépend de résultats que vous ne maîtrisez pas toujours entièrement.

Franck Lopvet interroge la notion de réussite et les critères sociaux qui conduisent à considérer certaines trajectoires comme réussies et d’autres comme ratées.

Lorsque vous vous comparez aux autres, demandez-vous :

  • Qu’est-ce que je désire réellement ?
  • Est-ce un objectif qui correspond à mes valeurs ou à ce que je pense devoir accomplir ?

Cette réflexion invite à vous demander ce que signifie réellement réussir votre vie pour vous. Est-ce atteindre un certain statut ? Être apprécié ? Posséder certaines choses ? Ou vivre davantage en accord avec vos valeurs, consacrer du temps à ce qui compte pour vous et construire des relations qui vous conviennent ?

Vos objectifs peuvent vous aider à avancer. Ils n’ont pas besoin de devenir un verdict sur votre valeur.

Si ni vos erreurs ni vos réussites ne disent qui vous êtes, il reste à vous accepter tel que vous êtes aujourd’hui, avec vos limites et vos contradictions.

S’accepter et agir

Donnez vous le droit d’être imparfait (et contradictoire)

Un piège récurrent : vivre comme si on devait cocher des conditions avant d’avoir le droit de se sentir bien. Se réparer, se débarrasser de certains traits de caractère, atteindre un idéal physique, rattraper le temps perdu...

Franck Lopvet, dans Ton autre vie, invite à faire autre chose : accueillir la personne présente, avec ses limites et son évolution possible. Cela ne signifie pas renoncer à ses ambitions. On peut vouloir évoluer à partir de sa situation actuelle, au lieu de la considérer comme la preuve que quelque chose ne va pas chez soi.

L’acceptation est un meilleur point de départ pour agir, demander de l’aide, chercher des solutions concrètes.

Vous pouvez être généreux et avoir parfois envie de penser uniquement à vous. Vous pouvez vouloir être plus patient tout en reconnaissant que vous vous emportez parfois. Vous pouvez chercher à mieux prendre soin de vous tout en constatant que certaines habitudes sont difficiles à modifier.

Ces contradictions font partie de la complexité humaine. Les reconnaître permet de mieux comprendre ses réactions et ses limites.

Tenez compte de vos besoins avant de vous reprocher vos difficultés

Une difficulté est souvent un signal. Quand vous procrastinez, craquez ou vous sentez à bout, c’est fréquemment qu’un besoin n’est pas comblé : repos, soutien, clarté, sécurité, temps pour vous. Si vous vous critiquez sans chercher ce besoin, vous ajoutez simplement de la souffrance à la difficulté.

Le reproche ne fait pas avancer. Il crée de la honte et du stress, ce qui réduit l’énergie et la clarté dont vous avez justement besoin pour agir. À l’inverse, comprendre ce qui manque permet de répondre concrètement : dormir davantage, demander de l’aide, alléger son planning, poser une limite.

Reste une question très concrète : comment vous parler au quotidien ?

Traitez-vous avec le même respect que celui que vous accordez aux autres

Lorsque vous vous surprenez à vous parler durement, demandez-vous : « Si une personne que j'aime vivait exactement la même situation, que lui dirais-je ? »

Essayez ensuite de vous adresser à vous-même avec la même compréhension, tout en restant honnête sur ce qui mérite d'être changé.

Vous pouvez reconnaître que vous avez mal agi, que vous devez faire un effort ou que vous avez une responsabilité à assumer. Vous pouvez aussi vous rappeler que vous méritez d'être traité avec respect pendant que vous faites ce travail.

Trois petits exercices à essayer

Inutile de tout faire. Choisissez celui qui vous parle le plus et testez-le cette semaine.

1. Remplacer le verdict par le fait. Quand une phrase du type « Je suis nul » apparaît, reformulez-la en décrivant seulement ce qui s’est passé. « Je suis nul » devient « Je me suis trompé dans ce calcul ». Vous gardez la responsabilité de l’erreur, sans la transformer en jugement sur vous.

2. Chercher le besoin. Quand vous vous en voulez de ne pas y arriver, posez-vous une seule question : « De quoi ai-je besoin, là, maintenant ? » Repos, aide, un moment pour vous, une décision à clarifier... La réponse indique souvent la prochaine petite action.

3. Le bilan du soir. Avant de dormir, notez trois lignes : une chose que vous avez faite aujourd’hui, même toute simple, une difficulté rencontrée, et ce que vous diriez à un proche dans la même situation. Au bout de quelques jours, vous entendrez peut-être votre voix intérieure changer de ton.

Si cette dureté envers vous-même est très présente, vous épuise ou dure depuis longtemps, demander du soutien fait aussi partie de la bienveillance envers soi.

Conclusion

Être bienveillant envers vous-même ne veut pas dire vous trouver des excuses, ni renoncer à vous améliorer. Cela veut dire reconnaître ce qui doit changer, sans en conclure que quelque chose ne va pas chez vous. C’est justement ce qui rend le changement possible : on avance mieux quand on se sent soutenu que quand on se sent jugé.

Vous n’avez pas besoin de tout appliquer d’un coup. La prochaine fois que vous vous surprenez à vous critiquer durement, essayez une seule chose : demandez-vous ce que vous diriez à une personne que vous aimez, puis dites-vous la même chose.

Vous n’y arriverez pas toujours, et vous oublierez parfois d’essayer. C’est normal. L’essentiel est de recommencer, avec la même douceur que vous auriez pour une amie.

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