Les émotions : comment les accueillir et les comprendre grâce à la spiritualité

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Vous avez sûrement entendu ces phrases quand vous étiez enfant : « Ne pleure pas, ce n'est pas grave. » « Calme-toi. » « Sois gentil. »

On en retient une règle simple : certaines émotions sont acceptables, d'autres non. Du coup, beaucoup d'entre vous ont peut-être appris à juger leurs émotions plutôt qu'à les ressentir. Vous vous dites : « Je ne devrais pas être en colère », « Je suis ridicule d'être triste », « J'ai peur, donc je suis faible ». Et vous vous retrouvez avec deux problèmes au lieu d'un : l'émotion, puis le jugement que vous portez sur elle.

La spiritualité propose un autre regard : une émotion n'est ni une faute ni un défaut. C'est une information.

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Dans cet article, nous nous appuyons sur deux auteurs : Neale Donald Walsch (Conversations avec Dieu) et Franck Lopvet (Ton autre vie). Ils ne disent pas exactement la même chose, et c'est justement ce qui rend leur rencontre intéressante. Walsch vous invite à choisir l'état dans lequel vous voulez vivre. Lopvet vous invite d'abord à accueillir ce qui est là, sans rien rejeter. Nous verrons comment ces deux approches peuvent se compléter.

À la fin, vous comprendrez :

  • Ce que signifie une émotion dans ces approches spirituelles.
  • Pourquoi se forcer à être positif peut être contre-productif.
  • Comment traverser la honte, la colère ou la tristesse.
  • Que faire concrètement lorsqu'une émotion apparaît.

Les émotions, une porte d'entrée vers la connaissance de soi

Une émotion est un message, pas un problème

Pour Walsch, le sentiment est « le langage de l'âme ». Autrement dit, votre ressenti vous dit quelque chose sur ce que vous vivez, parfois avant même que votre esprit ait trouvé les mots. Il vous invite à écouter ce que vous éprouvez plutôt qu'à vous fier exclusivement aux explications intellectuelles.

Franck Lopvet, dans Ton autre vie, insiste davantage sur l'expérience sensorielle : l'émotion est une information ressentie par le corps, qui ne se réduit pas nécessairement aux catégories habituelles de joie, de peur, de colère ou de tristesse.

Une émotion devient une donnée à écouter, pas un ordre à exécuter.

Écouter son émotion ne signifie pas lui obéir

Accueillir une émotion ne revient pas à agir immédiatement sous son influence.

Vous pouvez ressentir une colère intense sans avoir besoin de blesser la personne qui l'a déclenchée. Vous pouvez éprouver de la jalousie sans chercher à contrôler votre partenaire. Vous pouvez avoir peur d'un changement tout en décidant de l'entreprendre.

L'idéal est de créer un espace entre ce que vous ressentez et ce que vous choisissez de faire. Au lieu de réagir immédiatement, vous pouvez vous demander : qu'est-ce qui se passe en moi ? Qu'est-ce que cette situation vient toucher ? Quelle réponse serait la plus juste ?

Ce temps d'observation vous permet de mieux comprendre votre émotion sans lui abandonner entièrement la direction de vos actes.

Pourquoi « émotion négative » est une étiquette qui piège

Lopvet refuse de classer les émotions en « bonnes » et « mauvaises ». Son raisonnement est simple.

Quand on parle d'« émotion négative », on transmet en réalité une consigne : ne pleurez pas, grandissez, soyez gentils. À force, vous apprenez moins à ressentir qu'à juger vos émotions et à les cacher. Mais, selon lui, une émotion refusée ne disparaît pas. Elle devient plus difficile à repérer, peut ressortir par débordement ou être projetée sur quelqu'un d'autre.

Le piège existe aussi dans l'autre sens. Être joyeux, patient ou compatissant parce qu'il faudrait l'être peut vous éloigner de ce que vous ressentez vraiment. Chercher à tout prix à maintenir un état « positif » peut même masquer une tristesse, une colère, une honte ou un besoin réel.

Accueillir une émotion, c'est simplement pouvoir dire « je suis triste », « je suis en colère » ou « je suis jaloux », sans ajouter « donc je suis mauvais » ou « c'est entièrement la faute de l'autre ».

La peur et l'amour : les deux racines de toute émotion

Dans le tome 1 de Conversations avec Dieu, Walsch ramène nos motivations à deux émotions de base : la peur et l'amour. Selon lui, toutes les autres émotions en seraient des variantes.

  • La peur contracte. Elle retient, cache, attaque, ou anticipe une perte.
  • L'amour ouvre. Il donne, lâche prise, répare.

La peur se reconnaît souvent à des phrases intérieures du genre : « si je ne suis pas aimé, je serai abandonné », ou « si je dis ce que je pense, je perdrai l'approbation des autres ». Dans cette logique, une relation devient une façon de se protéger contre la perte. Cela peut prendre la forme du contrôle, du retrait, de la jalousie ou de l'attaque.

L'amour, chez Walsch, n'est donc pas seulement une émotion agréable. C'est une façon d'agir sans chercher d'abord à se protéger ou à obtenir une garantie.

Une précision importante, dans le tome 3 : être prudent n'est pas avoir peur. La peur paralyse, alors que la conscience rend plus alerte et plus présent.

La question que propose Walsch devant un geste ou une réaction : est-ce que c'est la peur qui veut retenir, ou l'amour qui veut comprendre ?

On pourrait conclure : « Alors je dois choisir l'amour et chasser la peur. » C'est exactement là que Lopvet met en garde.

Pour Lopvet, une qualité contient toujours son contraire. Essayer de supprimer l'un des deux pôles entretient la tension au lieu de la faire tomber. Il demande de reconnaître que les deux pôles coexistent, pour ne plus se couper d'une partie de soi.

Une façon de les réunir, qui s'appuie sur leurs textes : accueillir d'abord, choisir ensuite. Walsch décrit lui-même le choix comme une démarche en étapes : remarquer l'état présent, choisir ce qu'on veut exprimer, puis vérifier que ses pensées, ses paroles et ses actes vont dans cette direction.

Honte, culpabilité, colère, tristesse : ce que chacune raconte

La culpabilité et la honte

D'après les exemples des deux auteurs, on peut distinguer deux choses :

  • La culpabilité concerne un acte : « j'ai fait quelque chose de mal ».
  • La honte concerne la personne : « je suis mauvais, pas assez bien ».

Walsch oppose la culpabilité à la conscience. La conscience permet de reconnaître ce qui s'est passé, d'en tirer une leçon et d'agir autrement. La culpabilité, elle, enferme dans l'image de quelqu'un qui a mal agi, et empêche d'avancer.

Lopvet décrit ce que fait la honte : on cache ses besoins, on joue l'enfant sage ou la personne irréprochable, et on s'épuise à essayer de se « purifier » pour mériter l'amour. Sa piste : reconnaître les parts de soi que l'on cache, et arrêter d'exiger d'être seulement « bon ».

La colère et la jalousie

Pour Walsch, sous la colère, il y a souvent une peur : celle d'une menace ou d'une perte. La jalousie serait la peur de perdre l'amour. Il propose de se demander ce qui motive la réaction (la peur qui veut retenir, ou l'amour qui veut comprendre ?) et présente le pardon comme une façon de ne pas rester construit autour du ressentiment.

Lopvet regarde ce que la colère montre en vous : une règle intérieure, un désir que vous réprimez, ou un trait que vous condamnez chez vous. Mais il précise que reconnaître cela ne veut pas dire tout accepter. Une situation peut être révélatrice et rester inadmissible. Vous pouvez exprimer votre colère, demander du soutien, vous défendre.

La tristesse et le deuil

Face à une perte, une déception ou une séparation, vous aimeriez parfois retrouver rapidement votre équilibre. Vous cherchez une explication, vous voulez tourner la page ou vous vous répétez que vous devez aller de l'avant.

Pourtant, le chagrin ne suit pas toujours le rythme que vous voudriez lui imposer.

Lopvet recommande de laisser le chagrin se vivre à son rythme : pas de date limite, pas de « fermeture » imposée. Un deuil peut revenir plus tard, à l'occasion d'une scène qui ressemble à l'ancienne, et se traverser à nouveau.

Walsch aborde la douleur de la perte dans une vision spirituelle : pour lui, la mort n'est pas la disparition de l'âme, ce qui change le sens qu'on donne à la perte.

Les deux approches sont différentes. Celle de Lopvet décrit une manière de traverser l'émotion. Celle de Walsch relève d'une croyance sur la vie et la mort. Chacun peut en garder ce qui lui parle.

Pourquoi certaines émotions et situations semblent-elles se répéter ?

Quand une émotion n'a pas pu passer

Pour Lopvet, une émotion est faite pour traverser le corps, puis passer. Mais quand l'intensité dépasse ce qu'une personne peut vivre sur le moment, elle se fige ou se coupe de l'expérience. Il parle de sidération ou de dissociation. L'émotion est alors interrompue, et une charge reste en attente. Il l'appelle la « mémoire cellulaire ».

Selon lui, des années plus tard, une situation qui ressemble à l'ancienne peut réveiller cette charge. Résultat : une réaction qui paraît disproportionnée, parce qu'elle réveille aussi l'ancien vécu. Il relie cette charge à des symptômes dans le corps et à des scènes qui se répètent. Et il décrit l'évitement comme ce qui entretient la répétition.

Cette lecture peut néanmoins nous inviter à poser une question utile : est-ce uniquement cette situation qui me fait souffrir, ou vient-elle également toucher quelque chose de plus ancien ?

Walsch explique la répétition autrement. Pour lui, une expérience revient tant que son enseignement n'a pas été reconnu : c'est un message pas encore entendu.

Les autres déclenchent, mais l'émotion vous appartient

Lopvet propose que vos réactions fortes face aux autres puissent éclairer des aspects de vous-même que vous ne reconnaissez pas encore.

  • Quand vous admirez quelqu'un pour une qualité, cela peut montrer un potentiel que vous pouvez aussi exprimer.
  • Quand un trait chez quelqu'un vous irrite violemment, cela peut signaler que vous vous interdisez cette même énergie, ou que vous la craignez.

Il ajoute que l'autre peut déclencher la scène, mais que la colère, la peur ou l'humiliation sont vécues en vous : elles vous parlent de votre propre histoire.

Mais attention, il est très clair là-dessus : voir une situation comme un miroir ne rend pas le comportement de l'autre acceptable. Vous pouvez ressentir, nommer ce que vous vivez, dire non, vous éloigner ou demander du soutien. Le travail intérieur et l'action dans la relation vont ensemble.

Lopvet note aussi que la haine et le ressentiment envers quelqu'un reviennent d'abord vers celui qui les éprouve. Garder rancune, c'est porter soi-même le poids.

Répétition, résonance et attraction : deux lectures différentes

Walsch propose l'idée que vos pensées, vos sentiments, vos paroles et vos actions participent à un état intérieur qui entrerait en résonance avec des expériences similaires.

Lopvet développe une approche différente. Dans sa lecture, certaines situations font écho à votre histoire intérieure et rendent visibles des aspects de vous-même que vous n'aviez pas reconnus.

Ces deux modèles ne sont pas identiques. Ils proposent des interprétations spirituelles du lien entre votre état intérieur et les expériences que vous vivez.

Que faire concrètement quand une émotion arrive ?

Voici une façon simple de combiner les deux approches, en s'appuyant sur ce que disent Lopvet et Walsch.

  1. Nommez ce qui est là. « Je suis triste », « je suis en colère », « j'ai honte ». Sans ajouter « je suis nul » ou « c'est de sa faute ».
  2. Repérez-le dans votre corps. Ventre, gorge, poitrine, épaules : où le sentez-vous ? Pour Lopvet, l'information passe d'abord par là.
  3. Ne cherchez pas tout de suite un coupable ou une explication. Laissez d'abord l'émotion venir.
  4. Ne vous fixez pas de date limite. Surtout pour un chagrin, qui peut revenir plus tard.
  5. Ensuite seulement, choisissez votre réponse. Depuis quel état voulez-vous parler ou agir ? C'est la question de Walsch : la peur qui veut retenir, ou l'amour qui veut comprendre ? Choisir l'amour peut très bien inclure de poser une limite.

Si une émotion est trop forte ou revient sans cesse, se faire accompagner par un professionnel est une très bonne option. Ces enseignements spirituels n'ont pas vocation à le remplacer.

Conclusion

Walsch et Lopvet n'expliquent pas les émotions de la même façon, mais ils se rejoignent sur un point : une émotion n'est pas un ennemi. Elle vous informe. Walsch vous aide à choisir l'état dans lequel vous voulez vivre. Lopvet vous aide à ne pas fuir ce qui est déjà là. Ensemble, ils donnent une méthode simple : ressentir, puis choisir.